
Bach, les Brandebourgeois (2/2)
La Seine Musicale · Boulogne-Billancourt
Au sein du recueil des Six Concerts avec plusieurs instruments envoyés au margrave de Brandebourg, le Troisième Concerto s'impose comme l'un des plus originaux et des plus jubilatoires par sa conception structurelle. Rompant de manière radicale avec le modèle classique du concerto italien opposant un petit groupe de solistes (concertino) au reste de l'orchestre (ripieno), Bach imagine ici une œuvre d'une absolue démocratie instrumentale, véritable quintessence de la texture chambriste poussée à son paroxysme orchestral. L'effectif est rigoureusement symétrique : trois trios de cordes (aigües, médiums, graves) s'affrontent, s'unissent et se répondent. Bach fragmente son contrepoint de manière virtuose : tantôt chaque instrument s'exprime de manière totalement autonome, portant le nombre de voix réelles à neuf, tantôt les groupes se solidarisent pour former des blocs sonores d'une puissance orchestrale saisissante. Cette alternance constante entre individualisme virtuose et fusion collective confère à l'œuvre une dynamique et une plasticité uniques. L'une des plus célèbres énigmes de la partition réside dans son second mouvement. En guise d'Adagio, Bach n'a inscrit sur la partition que deux accords solennels formant une cadence phrygienne. Ce geste minimaliste est une invitation explicite faite au premier violon ou au claveciniste d'improviser une cadence ornementée plus ou moins développée, servant de transition suspendue entre la motricité irrésistible des deux mouvements extrêmes.
Les concerts à venir qui programment cette œuvre.

La Seine Musicale · Boulogne-Billancourt