Le Concerto pour alto de William Walton est l'œuvre séminale qui a propulsé le jeune compositeur britannique de vingt-sept ans au premier rang de la scène musicale internationale. Écrit à la suggestion du chef d'orchestre Sir Thomas Beecham pour le grand altiste anglais Lionel Tertis, le concerto connut pourtant des débuts tumultueux : Tertis, dérouté par le langage moderne et les harmonies audacieuses de la partition, renvoya le manuscrit par retour de courrier. Loin de se décourager, Walton envoya sa partition au compositeur et altiste allemand Paul Hindemith. Ce dernier, reconnaissant immédiatement le génie de l'œuvre, accepta d'en créer la partie soliste à Londres en 1929, signant un triomphe historique qui poussa Tertis à présenter publiquement ses excuses et à inscrire l'œuvre à son propre répertoire. Sur le plan formel, Walton adopte une structure innovante calquée sur le Premier Concerto pour violon de Prokofiev, inversant la disposition traditionnelle en encadrant un mouvement central rapide par deux mouvements amples et lyriques. Le premier mouvement (Andante comodo) s'ouvre sur une mélodie automnale d'une indicible mélancolie, exposée par l'alto sur un tapis de cordes sourdes. Ce climat post-romantique et typiquement britannique est irrigué par des harmonies subtilement teintées de jazz, créant une nostalgie douce-amère. Le Vivo central rompt brutalement ce climat : c'est un scherzo virtuose et anguleux, un feu d'artifice de rythmes syncopés et d'accents asymétriques qui met à rude épreuve l'agilité digitale et la précision d'archet du soliste. Le finale (Allegro moderato) s'ouvre de manière rhapsodique par un thème d'allure rustique énoncé par le basson, avant que l'alto ne s'en empare pour le mener vers de denses développements contrapuntiques. Le climax du mouvement débouche sur une coda d'une poignante beauté narrative : l'orchestre se tait peu à peu pour laisser réapparaître, transfiguré et comme suspendu dans le temps, le thème lyrique initial du premier mouvement. En 1961, Walton révisera l'instrumentation de l'œuvre, allégeant les cuivres et ajoutant une harpe pour offrir une transparence acoustique idéale à la voix feutrée de l'alto. Chef-d'œuvre absolu, ce concerto a définitivement prouvé que l'alto possédait la carrure, la profondeur psychologique et l'héroïsme nécessaires pour trôner au premier plan du genre concertant.