Le Concerto pour orgue, cordes et timbales de Francis Poulenc est une œuvre charnière et un chef-d'œuvre absolu de la musique du XXe siècle. Commandé par la richissime Princesse Edmond de Polignac, sa composition s'étala sur quatre années particulièrement tourmentées pour le musicien. La genèse de l'œuvre fut en effet profondément marquée par un événement tragique : la mort brutale dans un accident de voiture de son ami, le compositeur Pierre-Octave Ferroud. Ce choc provoqua un réveil brutal de la foi catholique de Poulenc lors d'un pèlerinage à Rocamadour, transformant radicalement le ton de ce concerto. L'œuvre est ainsi habitée par une dualité fascinante, reflétant parfaitement le paradoxe de la personnalité de Poulenc, que la critique aimait définir comme un mélange de « moine et de voyou ». La partition oscille sans cesse entre la ferveur religieuse la plus austère, presque médiévale, et une violence profane, parfois grinçante ou d'une ironie très théâtrale. L'instrumentation choisie, qui fait dialoguer la puissance monumentale de l'orgue avec un orchestre réduit aux seules cordes et aux timbales, crée un impact dramatique saisissant et sature l'espace sonore d'un sentiment d'urgence et d'angoisse existentielle. D'un point de vue formel, le concerto se déploie d'un seul tenant mais traverse sept sections aux contrastes violents. Dès l'introduction, calquée sur les grands préludes de Jean-Sébastien Bach, l'orgue tonne avec une force gothique avant de laisser les cordes se lancer dans des rythmes motoriques et frénétiques. Alternant des moments de pure contemplation mystique d'un calme irréel et des éclats d'une sauvagerie rythmique percutante, l'œuvre maintient une tension dramatique constante. Elle progresse inexorablement vers un finale cataclysmique, où l'orgue et les timbales s'unissent pour asséner un accord final en sol mineur d'une violence implacable.