Premier jalon monumental d'une lignée qui allait révolutionner le genre concertant, le Concerto pour piano n° 1 en Do majeur, op. 15 de Ludwig van Beethoven s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Bien qu'il porte le numéro un en raison de sa date de publication, il fut en réalité composé après le Deuxième Concerto. Créé à Vienne en 1795 par un Beethoven alors soucieux d'affirmer son autorité de virtuose face au public autrichien, ce concerto prend ses racines dans l'héritage classique de Mozart et de Haydn pour mieux en bousculer les cadres formels traditionnels. L'écriture instrumentale y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, imposant une clarté texturale chirurgicale dans les dialogues entre le soliste et l'orchestre. Le premier mouvement s'ouvre sur une marche militaire d'une grande noblesse d'école, où l'audace beethovénienne commence à poindre à travers des modulations harmoniques inattendues et des accents vigoureux, exempts de toute dureté artificielle. Le Largo central, écrit dans la tonalité lointaine et diaphane de La bémol majeur, s'élève comme un chant suspendu d'une immense pureté vocale, où le piano dialogue avec une clarinette d'un hédonisme sonore épuré. Interprétation pléthorique de la verve de la jeunesse, de l'élégance classique et de l'humour spirituel, ce concerto insuffle au clavier une belle urgence organique théâtrale. Le rondo final, vif et plein de surprises, libère une énergie rhapsodique et des syncopes rythmiques d'une absolue netteté qui préfigurent le dynamisme conquérant du compositeur. Joué par l'élite des pianistes mondiaux et défendu par les chefs d'orchestre les plus exigeants, le Premier Concerto pour piano de Beethoven conserve au concert comme au disque une autorité stylistique superlative.