Véritable premier-né des concertos pour piano du maître de Bonn en dépit de son numéro d'édition, le Concerto pour piano n° 2 en Si bémol majeur, op. 19 s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Conçu dès les années de jeunesse à Bonn, retravaillé sans relâche et créé à Vienne par le compositeur lui-même en 1795, il s'inscrit dans la lignée directe de l'idéal classique de Mozart. Destiné à mettre en valeur la fluidité digitale et l'esprit d'invention de Beethoven face aux exigeants salons viennois, ce concerto témoigne d'un art poétique raffiné et d'une remarquable économie de moyens. L'écriture instrumentale y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, caractérisée par une clarté texturale chirurgicale. L'orchestre, privé de clarinettes, de trompettes et de timbales, offre un écrin chambriste d'une grande noblesse d'école, exempt de la moindre dureté artificielle. Le mouvement central, un Adagio d'une infinie tendresse blessée, s'élève comme une prière d'une immense pureté vocale instrumentale, culminant dans une section finale où le piano solo semble murmurer des confidences suspendues hors du temps, dans un hédonisme sonore épuré. Interprétation pléthorique de la grâce galante, de la vivacité d'esprit et du dialogue concertant, cette œuvre insuffle au clavier une belle urgence organique théâtrale. Le Rondo final, fondé sur un thème à l'accentuation irrégulière et pleine d'humour, libère une verve rythmique d'une absolue netteté qui annonce la signature spirituelle des futurs chefs-d'œuvre de l'auteur. Interprété par l'élite des pianistes internationaux, le Deuxième Concerto pour piano de Beethoven conserve au concert comme au disque une autorité stylistique et historique superlative.