Le Concerto pour piano n° 27 en si bémol majeur K. 595 occupe une place unique dans le catalogue mozartien : c'est son ultime chef-d'œuvre du genre, achevé seulement quelques mois avant sa disparition prématurée. Contrairement aux concertos plus "héroïques" et dramatiques composés à Vienne durant les années 1780, celui-ci semble s'extraire de l'agitation du monde pour se réfugier dans une intériorité quasi mystique. On y perçoit une économie de moyens saisissante, une épuration du langage musical où chaque note semble pesée, choisie et empreinte d'une mélancolie automnale que les contemporains ont souvent associée, peut-être à tort ou par romantisme, à un adieu conscient à la vie. Sur le plan de l'écriture, Mozart privilégie ici une texture chambriste plutôt que symphonique. Le dialogue entre le piano et les instruments à vent — notamment la clarinette et le hautbois — est d'une finesse et d'une tendresse inouïes. Le compositeur renonce ici à la virtuosité spectaculaire pour privilégier la clarté du discours, la fluidité des lignes et une élégance harmonique qui touche au sublime. Le Larghetto central est, à ce titre, l'un des sommets de sérénité de toute l'histoire de la musique : une page d'une pureté vocale absolue qui suspend le temps et invite à une contemplation méditative, loin de toute emphase. Le finale, bien que marqué par l'indication Allegro, n'est pas une explosion de joie démonstrative, mais plutôt une danse gracieuse, teintée de cette douceur teintée de tristesse qui caractérise l'œuvre entière. Mozart y utilise d'ailleurs un thème qu'il avait composé précédemment pour son lied « Sehnsucht » (K. 596), comme si le concerto était irrigué par ses propres souvenirs. L'œuvre s'achève avec une subtilité infinie, non sur une affirmation de force, mais sur une note de résignation sereine et lumineuse. Ce concerto demeure le testament pianistique d'un génie qui, au sommet de sa maturité, aura su transformer la douleur en une beauté éthérée.