Concerto
Le Cinquième Concerto est le dernier, le plus célèbre et le plus grandiose des concertos pour piano de Beethoven. Le surnom de « L'Empereur » ne vient pas du compositeur (qui l'aurait probablement refusé par haine de Napoléon), mais aurait été trouvé par l'éditeur et pianiste Johann Baptist Cramer pour traduire le caractère noble, souverain et colossal de l'œuvre. La genèse du morceau s'inscrit dans un contexte historique dramatique : en 1809, les troupes de Napoléon assiègent et bombardent Vienne. Beethoven, dont l'audition se dégrade à pas de géant, passe des journées terrifié dans la cave de son frère, protégeant ses oreilles avec des oreillers pour échapper au bruit des canons. Il écrit alors : « Quel cours destructeur et sauvage de la vie autour de moi ! Rien que des tambours, des canons, des misères de toutes sortes. » C'est pourtant au milieu de ce chaos qu'il puise la force de composer une œuvre d'un triomphalisme absolu. Le pont magique entre le II et le III : Le coup de génie absolu de Beethoven se situe à la fin de l'Adagio. Alors que le mouvement s'éteint dans une paix infinie en Si majeur, les bassons descendent mystérieusement d'un demi-ton vers la note Sib. Là, comme s'il cherchait ses mots ou qu'il improvisait en rêvant, le piano égraine tout doucement, en cascade ralentie, les notes du thème du mouvement suivant. Soudain, sans interruption (attacca), le piano se réveille et projette ce thème à pleine puissance, lançant le Rondo final dans une explosion de joie. Avec ce concerto, Beethoven invente le concerto symphonique romantique. Le piano n'est plus un simple instrument virtuose dialoguant poliment avec l'orchestre : il devient un athlète de combat, un héros dramatique capable de rivaliser en puissance et en textures avec la masse orchestrale. C'est un monument de résilience spirituelle, où la beauté la plus pure triomphe de la fureur du monde.