Concerto
Composé en 1933, le Concerto pour piano nº 1 en ut mineur de Dmitri Chostakovitch est une œuvre de jeunesse d'une insolence, d'un humour et d'une virtuosité irrésistibles. Créé à Léningrad avec le compositeur lui-même au clavier, il témoigne de la liberté créatrice totale du musicien, alors âgé de 26 ans, avant les premières foudres de la censure stalinienne. La formation instrumentale choisie est hautement singulière : un piano soliste à la rythmique percutante dialogue avec un orchestre réduit aux seules cordes, au sein duquel une trompette solo intervient comme un partenaire facétieux, un commentateur ironique et un rival comique. L'œuvre est restée célèbre pour son ton férocement sarcastique et son recours massif à la parodie, au pastiche et au collage musical. Chostakovitch s'amuse à truffer sa partition de citations irrévérencieuses, détournant aussi bien des motifs de grands maîtres comme Beethoven (notamment le rondo Colère pour un sou perdu et l'Appassionata) ou Haydn, que des thèmes de chansons populaires et de musiques de cabaret. Cette esthétique du grotesque et du théâtre de foire crée un contraste saisissant avec la poésie mélancolique du deuxième mouvement (Lento), une valse lente et crépusculaire d'une beauté nostalgique épurée qui rappelle le génie mélodique du compositeur. Le finale (Allegro con brio) est une course-poursuite frénétique et carnavalesque qui pousse la virtuosité pianistique dans ses derniers retranchements à travers des cascades de notes d'une rapidité folle. La trompette y joue un rôle de plus en plus bouffon, lançant des fanfares provocantes et des sonneries de cirque au milieu d'un chaos rythmique jubilatoire. L'œuvre s'achève dans une déflagration sonore d'une gaieté théâtrale et frénétique en do majeur, s'imposant comme l'une des pages les plus dynamiques, spirituelles et représentatives du génie inventif du jeune compositeur russe.