Chef-d'œuvre de la période d'exil américain de Benjamin Britten, écrit sur le fond sombre de la guerre d'Espagne et de la montée des périls en Europe, le Concerto pour violon en Ré mineur, op. 15, s'impose d'emblée comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Empreint d'un engagement politique et d'un humanisme pacifiste profonds, ce concerto cyclopéen exige du soliste une endurance technique et expressive phénoménale, hissant l'instrument vers une hauteur d'âme universelle. L'écriture de Britten y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Le premier mouvement s'ouvre par un motif obstiné de timbales d'une franchise monumentale, sur lequel le violon s'élève avec une clarté texturale chirurgicale. Le Vivace est un scherzo d'une violence rythmique d'école, où les traits pyrotechniques en harmoniques, doubles cordes et pizzicatos de la main gauche doivent s'articuler sans la moindre dureté instrumentale artificielle. La cadence, d'une effrayante complexité, sert de pont vers le sommet de l'œuvre : une monumentale Passacaille. Ce mouvement d'un hédonisme sonore épuré fait progresser le thème par variations successives, atteignant une immense pureté vocale instrumentale. Les cris de l'orchestre s'y résolvent en une coda suspendue où le violon, oscillant de manière déchirante entre Ré majeur et Ré mineur, file un chant d'une infinie tendresse brisée. Interprétation pléthorique de la tragédie moderne et de la plainte élégiaque, ce concerto insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique théâtrale. La redoutable polyphonie instrumentale et les équilibres complexes avec un orchestre puissant exigent de la part de l'élite des virtuoses mondiaux une complicité mutuelle superlative avec le chef d'orchestre. Œuvre majeure du XXe siècle, le Concerto de Britten conserve au concert comme au disque une autorité esthétique superlative.