Ancien enfant prodige de la Vienne impériale, encensé par Mahler et Strauss, Erich Wolfgang Korngold dut fuir l'Europe centrale face à la montée du nazisme pour se réfugier aux États-Unis, où il devint le père fondateur de l'âge d'or de la musique de film hollywoodienne. S'étant juré de ne plus composer d'œuvres pour la salle de concert tant que le régime hitlérien serait au pouvoir, il revient à ses premières amours au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec son monumental Concerto pour violon. Pour concevoir cette page d'une opulence sonore herculéenne, le compositeur réalise un syncrétisme génial en puisant dans les thèmes mélodiques les plus nobles de ses propres musiques de films (tels que Another Dawn, Juarez, Anthony Adverse ou Le Prince et le Pauper), leur offrant un écrin contrapuntique d'une complexité et d'un raffinement suprêmes. Le premier mouvement, Moderato nobile, s'ouvre immédiatement par une envolée lyrique vertigineuse du violon solo, baignée dans une atmosphère de nostalgie viennoise aux harmonies chatoyantes. La Romance centrale suspend le temps à travers une rêverie d'une absolue pureté de cristal, où l'instrument soliste semble planer au-dessus d'un orchestre aux textures impalpables, enrichi de vibrations magiques (vibraphone, célesta et harpe). Le Finale, construit sous la forme d'un rondo virtuose aux rythmes staccatos bondissants, est un feu d'artifice de pyrotechnie d'une vélocité athlétique, exigeant du violoniste un abattage technique insolent. Bien que boudé à sa création par une partie de la critique d'avant-garde qui le jugeait trop accessible, le concerto s'est imposé au fil des décennies comme l'un des piliers incontournables et les plus acclamés du répertoire mondial. Chef-d'œuvre de probité expressive, il réclame un calme souverain pour dompter des traits d'archet redoutables et une science superlative du timbre pour en exalter la lumière proprement cinématographique.