Chef-d'œuvre absolu du romantisme et monument d'une suprême probité artistique, le Concerto pour violon en mi mineur, op. 64 de Felix Mendelssohn est l'un des piliers incontournables de la littérature pour cordes. Écrit sur une période de six ans en étroite collaboration avec le violoniste Ferdinand David, ce concerto révolutionne le genre par ses innovations structurelles d'école : Mendelssohn supprime l'introduction orchestrale traditionnelle pour faire entrer le soliste dès la première mesure, place la cadence avant la réexposition du premier mouvement, et enchaîne les trois mouvements sans aucune interruption. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique lumineuse et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Mendelssohn manie la texture orchestrale avec une clarté texturale chirurgicale, veillant à ce que l'accompagnement ne sature jamais le discours du soliste. Le premier thème en mi mineur s'impose avec une urgence organique théâtrale immédiate, avant que le sublime Andante en Do majeur n'atteigne un hédonisme sonore épuré d'une immense pureté vocale instrumentale, conçu comme une véritable « romance sans paroles ». Le finale, introduit par une transition en mi mineur, bascule de manière espiègle dans un Mi majeur d'une virtuosité féerique qui rappelle l'atmosphère du Songe d'une nuit d'été. Interprète pléthorique de l'élégance, de la passion contenue et de la joie pure, ce concerto exige du soliste une égalité de timbre, une légèreté d'archet et une autorité technique superlatives. Évitant toute démonstration gratuite au profit d'une fluidité expressive continue, l'opus 64 de Mendelssohn conserve sur toutes les scènes de concert de la planète une autorité scénique superlative.