Composé à l'aube de la décennie 1830 alors que Niccolò Paganini entame sa triomphale et légendaire tournée à travers l'Europe occidentale, le Quatrième Concerto en ré mineur est conçu pour subjuguer les publics les plus exigeants, notamment les Parisiens et les Londoniens. Jalousement gardé secret par le compositeur — qui ne distribuait les parties d'orchestre qu'au moment des répétitions pour éviter tout plagiat de sa technique révolutionnaire —, le concerto fut créé à Paris sous les yeux d'un parterre d'artistes ébahis, parmi lesquels figuraient sans doute Liszt et Chopin. Le choix de la tonalité de ré mineur insuffle à l'œuvre une atmosphère théâtrale et dramatique digne d'un opéra romantique. Le premier mouvement s'ouvre sur une longue et solennelle introduction orchestrale avant l'entrée athlétique du soliste, qui enchaîne doubles cordes, harmoniques artificiels et sauts d'intervalles vertigineux avec une aisance superlative. L'Adagio flebile con sentimento, écrit dans la tonalité lointaine et insolite de fa dièse mineur, est le cœur battant du concerto : une longue cantilène éplorée inspirée du bel canto italien, où le violon imite l'expressivité d'une voix de soprano. Le finale (Rondo galante) dissipe les ombres par un feu d'artifice de pyrotechnie instrumentale, notamment des pizzicatos de la main gauche combinés à des traits d'archet d'une vélocité dantesque. Alliant une discipline technique métronomique à une réelle profondeur mélodique, ce concerto demeure l'un des témoignages les plus complets du génie instrumental de Paganini.