
Mozart / Chostakovitch
Philharmonie de Paris · Paris
Composé à Salzbourg en décembre 1775, le Concerto pour violon n° 5 en la majeur, K. 219, représente le sommet éblouissant de « l'année du violon » chez le jeune Mozart. En l'espace de quelques mois seulement, le compositeur de dix-neuf ans écrit coup sur coup ses cinq concertos pour l'instrument, probablement destinés à son propre usage en tant que violon solo de l'orchestre de la cour ou à son ami Gaetano Brunetti. Ce cinquième et ultime jalon, surnommé le concerto « Turc », s’impose d'emblée comme le plus accompli, le plus inventif et le plus audacieux de la série, témoignant d'une maturité technique et d'une liberté formelle proprement stupéfiantes. L'architecture de l'œuvre bouscule l'auditeur par ses ruptures de ton théâtrales et ses surprises structurelles permanentes. Le premier mouvement s’ouvre de manière grandiose, mais l'entrée du soliste se fait contre toute attente sur un bref Adagio suspendu d'une poésie indicible, avant de relancer l'Allegro aperto initial. L'Adagio central s’écoule comme un air d'opéra d’une pureté mélodique absolue, tandis que le Rondeau final associe un élégant menuet de cour à une section centrale exotique, frénétique et bruyante — inspirée de la musique de janissaires turcs — où les violoncelles et contrebasses frappent vigoureusement leurs cordes avec le bois de l’archet (col legno). Sur le plan stylistique, ce concerto incarne la synthèse parfaite entre la grâce galante française, le lyrisme vocal italien et la rigueur structurelle germanique. Mozart y traite le violon non comme un simple outil de démonstration virtuose, mais comme le protagoniste d'un véritable dialogue dramatique avec l'orchestre. Exigeant une discipline digitale impeccable, une clarté de timbre cristalline et un sens aigu des nuances, ce chef-d'œuvre d'une absolue probité poétique demeure l'un des concertos les plus joués et aimés du répertoire, marquant l'histoire de la musique pour cordes d'une empreinte indélébile.
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Philharmonie de Paris · Paris