Premier chef-d'œuvre orchestral absolu de Richard Strauss, Don Juan s'impose comme le monument fondateur du poème symphonique moderne. Inspiré par les vers du poète Nikolaus Lenau, le compositeur s'éloigne de la figure du séducteur cynique pour peindre un idéaliste passionné, condamné à la destruction par sa propre quête d'un absolu féminin inaccessible. L'écriture de Strauss déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, offrant une clarté texturale chirurgicale malgré une orchestration d'une opulence colossale. Des traits virtuoses des cordes initiales aux suspensions poétiques des bois, chaque pupitre atteint une immense pureté vocale instrumentale, exempte de toute dureté. Le dénouement, d'une belle urgence organique théâtrale, saisit par sa violence moderne, affirmant sur toutes les scènes de concert une autorité stylistique superlative.