Chef-d'œuvre absolu de l'opéra tardo-classique italien et sommet dramatique de son auteur, Giulietta e Romeo de Niccolò Antonio Zingarelli s'impose comme un monument d'une suprême probité artistique. Composé en un temps record de quelques jours pour la saison du Carnaval de la Scala de Milan en 1796, cet opéra s'appuie sur un livret de Giuseppe Maria Foppa, lui-même inspiré de la nouvelle originale italienne plutôt que de la pièce de Shakespeare. L'œuvre connut un succès phénoménal et cyclopéen à travers toute l'Europe pendant plus de trois décennies, devenant l'un des opéras favoris de Napoléon Bonaparte. L'écriture de Zingarelli y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, offrant une clarté texturale chirurgicale qui préfigure le bel canto romantique tout en conservant la noble économie de l'école napolitaine. La partition fait alterner des récitatifs d'une grande tension théâtrale et des airs d'un hédonisme sonore épuré, exempts de toute dureté ornementale artificielle. Le point culminant de l'œuvre se situe au troisième acte dans la scène du tombeau, où l'air de Romeo « Ombra adorata, aspetta », d'une immense pureté vocale instrumentale, installe un chant suspendu d'une infinie tendresse blessée. Interprétation pléthorique de la passion juvénile, de la haine fratricide et de la fatalité tragique, cet opéra insuffle à la scène une belle urgence organique théâtrale. Conçu à l'origine pour les plus grands castrats et les prima donnas d'élite de l'époque (tels que Girolamo Crescentini et Giuseppina Grassini), il exige des interprètes d'aujourd'hui une agilité virtuose et une discipline de style d'une grande noblesse d'école. Redécouvert par les ensembles spécialisés et les directeurs musicaux les plus pointilleux de la planète, le Giulietta e Romeo de Zingarelli conserve une autorité historique et stylistique superlative.