Composé initialement au cours des années de jeunesse de Jean-Philippe Rameau en province (vers 1713-1715), In convertendo Dominus a connu une seconde vie mémorable lorsque le compositeur, alors au faîte de sa gloire lyrique, l'a profondément remanié en 1751 pour le présenter au Concert Spirituel à Paris. Écrit dans la tonalité principale de sol majeur, ce Grand Motet est l'une des pages sacrées les plus célèbres et les plus achevées de tout le XVIIIe siècle français. Le Psaume 125 y dépeint la joie immense et incrédule des juifs libérés de la captivité de Babylone, un argument dramatique puissant que Rameau transfigure avec une alacrité et une verve théâtrale superlatives. L'œuvre brille par son immense variété de climats et sa clarté texturale chirurgicale. Le premier mouvement plonge immédiatement l'auditeur dans une atmosphère de jubilation solennelle, caractérisée par un contrepoint serré où les voix s'entrelacent pour clamer la liberté retrouvée. Mais c'est dans la peinture des affects les plus contrastés que le génie de Rameau éclate, notamment avec le verset Qui seminant in lacrimis in exultatione metent (« Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans la joie »). Rameau y réalise un miracle d'hédonisme sonore et d'intelligence formelle en faisant cohabiter la profonde mélancolie des semeurs (traduite par des harmonies chromatiques suspendues d'une immense pureté vocale) et les éclats de joie exubérants de la moisson future. La révision de 1751 permet à Rameau d'intégrer à cette partition religieuse l'opulence orchestrale et la science des timbres qu'il a affinées à l'Opéra. Le finale, Euntes ibant et flebant (« Ils allaient en pleurant... mais ils reviendront avec allégresse »), déploie une force cinétique et une probité architecturale impressionnantes. Le chœur y propulse des élans polyphoniques d'une magnifique densité, soutenus par des dessins de cordes virtuoses, avant de sceller l'œuvre dans une apothéose de louange universelle. À la fois savant et théâtral, l'In convertendo s'impose comme le témoignage parfait de la synthèse opérée par Rameau entre la rigueur de la tradition sacrée et la modernité du drame lyrique.