L'Oiseau de feu est le premier grand coup de tonnerre de la carrière d’Igor Stravinsky. Alors qu'il n'est qu'un jeune compositeur inconnu de 27 ans, Serge de Diaghilev lui confie en urgence la musique de son prochain ballet après la défection d'Anatoli Liadov. En l'espace de quelques mois, Stravinsky accouche d'un chef-d'œuvre absolu qui va révolutionner l'orchestration moderne et faire de lui, en une seule nuit parisienne, une star internationale. Le livret s'inspire de plusieurs contes populaires russes. Il met en scène le Prince Ivan qui, grâce à une plume magique offerte par l'Oiseau de feu (créature de lumière), parvient à terrasser le terrifiant et immortel sorcier Kastcheï pour libérer la femme qu'il aime. Le passage de témoin : Sur le plan stylistique, l'œuvre est un feu d'artifice orchestral. Stravinsky y applique à la perfection les leçons de son maître, Nikolaï Rimski-Korsakov (l'art d'associer les timbres pour créer de la magie et de l'irisation sonore). Mais le jeune compositeur y injecte déjà sa propre signature : une dynamique rythmique asymétrique, des accents brutaux et des timbres percussifs totalement inédits. La rupture est si forte que lors des répétitions en 1910, les musiciens de l'Opéra de Paris étaient déroutés par la complexité de la partition. Trois ans avant le scandale absolu du Sacre du Printemps, la Danse infernale du roi Kastcheï contient déjà les germes de la révolution stravinskienne : le rythme n'est plus une simple pulsation, il devient une force brute, primitive et hypnotique qui emporte tout sur son passage. Le Finale, quant à lui, reste l'une des pages les plus solennelles et jubilatoires de tout le vingtième siècle.