Monument absolu de la musique sacrée occidentale, Le Messie (Messiah) de Georg Friedrich Haendel s'impose comme un chef-d'œuvre d'une suprême probité artistique. Composé à Londres en un temps record de 24 jours durant l'été 1741 et créé avec un triomphe retentissant à Dublin au printemps 1742, cet oratorien s'appuie sur un livret de Charles Jennens tiré de la Bible du roi Jacques. Contrairement aux autres oratorios du compositeur, l'œuvre abandonne la narration de personnages dramatiques linéaires pour offrir une méditation spirituelle d'une hauteur d'âme universelle. L'écriture de Haendel y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, offrant une clarté texturale chirurgicale à travers des architectures contrapuntiques d'une virtuosité d'école. La partition fait alterner des airs de solistes d'une immense pureté vocale instrumentale avec des chœurs monumentaux d'un hédonisme sonore épuré, exempt de toute dureté artificielle. Le célèbre et jubilatoire « Hallelujah », pivot de la deuxième partie, témoigne d'une science du rythme et de la dynamique chorale restée inégalée dans l'histoire de l'art. Interprétation pléthorique de la ferveur spirituelle, du mystère de la rédemption et de l'éclat de la joie divine, Le Messie insuffle à la nef comme à la scène de concert une belle urgence organique théâtrale. Grâce à sa plasticité et son génie de l'illustration musicale du mot, l'œuvre traverse les siècles sans perdre un gramme de sa puissance émotionnelle primitive. Interprété sans relâche par les plus grandes phalanges chorales et orchestrales de la planète, Le Messie de Haendel conserve partout dans le monde une autorité spirituelle et stylistique superlative.