Si Joseph Joachim est passé à la postérité comme le plus grand violoniste de l'ère romantique et le dédicataire du concerto de Brahms, il fut également un compositeur accompli et un altiste d'une sensibilité hors du commun. Composées à la demande de Clara Schumann qui cherchait à apaiser ses douleurs après l'internement de Robert, les Mélodies hébraïques Op. 9 sont directement inspirées des poèmes mélancoliques de Lord Byron. Joachim y tire un parti admirable des ressources expressives de l'alto, instrument dont le timbre sombre et texturé convient idéalement à la déploration spirituelle. L'œuvre explore des climats d'une intériorité poignante et d'une gravité sacrée. Le premier mouvement s'élève comme une prière solitaire et austère, soutenue par des accords de piano dépouillés. Le Grave central accentue cette tension dramatique par des accents déclamatoires rudes et des rythmes pointés qui évoquent la complainte d'un peuple en exil. Le recueil s'apaise enfin avec le troisième mouvement, une berceuse lumineuse en fa majeur d'un lyrisme consolateur, qui laisse entrevoir une lueur d'espoir et de paix retrouvée à travers un chant d'une beauté pure.