La suite de Pelléas et Mélisande de Fauré est une œuvre d'une infinie délicatesse qui capture l'essence même du drame symboliste de Maeterlinck : le mystère, le destin fatal et l'amour interdit. Le Prélude installe une atmosphère sylvestre et mélancolique, tendue par un motif de destin qui plane sur les amants. La Fileuse nous plonge dans l'intimité de Mélisande au rouet, matérialisée par un mouvement perpétuel et fluide des cordes. Vient ensuite la célébrissime Sicilienne, page d'une grâce absolue portée par un solo de flûte devenu légendaire, qui évoque un bonheur éphémère et nostalgique. L'œuvre s'achève sur le sommet dramatique de la suite, La Mort de Mélisande. Cette marche funèbre, d'une noble et douloureuse sobriété, s'élève vers un climax déchirant avant de s'éteindre dans un silence résigné, s'imposant comme l'une des pages les plus poignantes de toute la musique française.