Surnommé spirituellement "Les Compliments" en raison de ses motifs galants évocateurs des révérences d'Ancien Régime, le Quatuor à cordes n° 2 en Sol majeur, op. 18 n° 2, s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Sous les dehors d'un hommage raffiné aux modèles de Haydn, le jeune Beethoven signe une page cyclopéenne d'humour et d'ironie structurelle. Detournant les codes de la conversation de cour, il insuffle à cet univers une hauteur d'âme universelle et une vivacité dramatique inédite. L'écriture de Beethoven y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Le premier mouvement s'articule avec une clarté texturale chirurgicale, où les motifs s'échangent d'archet en archet avec une franchise monumentale. L'audace du maître éclate au cœur de l'Adagio cantabile : alors que les cordes déroulent un chant serein d'un hédonisme sonore épuré, d'une immense pureté vocale instrumentale et d'une infinie tendresse, la texture est soudainement interrompue par un Allegro fantasque et acrobatique, avant de retrouver le calme initial. Le finale, lancé à un train d'enfer, fait montre d'une motricité rythmique d'école. Interprétation pléthorique de l'esprit d'esprit viennois transfiguré, ce quatuor insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique. Les rebonds incessants de la polyphonie imposent à l'élite des quatuors du monde une complicité mutuelle superlative pour respecter la transparence textuelle sans introduire la moindre dureté instrumentale artificielle. Défendu au concert comme au disque par les phalanges les plus prestigieuses, l'op. 18 n° 2 conserve une autorité esthétique superlative.