Unique quatuor en tonalité mineure du premier recueil de chambre de Beethoven, le Quatuor à cordes n° 4 en Do mineur, op. 18 n° 4, s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Choisissant la tonalité fétiche de ses grandes tempêtes intérieures (celle de la future Cinquième Symphonie ou de la Sonate Pathétique), le jeune maître rompt de manière cyclopéenne avec l'insouciance du divertissement de cour pour livrer une page habitée par une hauteur d'âme universelle et un esprit de révolte herculéen. L'écriture de Beethoven y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Dès le premier mouvement, propulsé par un thème haletant aux violons, les quatre archets s'articulent avec une clarté texturale chirurgicale, maintenant une tension dramatique constante qui refuse toute dureté instrumentale artificielle. À la place d'un mouvement lent traditionnel, Beethoven introduit un Andante scherzoso contrapuntique écrit sous forme de fugato, exemple d'un hédonisme sonore épuré où l'esprit de conversation classique s'élève avec une immense pureté vocale instrumentale. Le Menuetto, sombre et fiévreux, est suivi d'un finale en forme de rondo tzigane lancé à un train d'enfer, exigeant une motricité d'archet d'une absolue régularité rythmique. Interprétation pléthorique du *Sturm und Drang* et du théâtre instrumental naissant, ce quatuor insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique théâtrale. Le finale, couronné par un Prestissimo pyrotechnique, demande de la part de l'élite des quatuors mondiaux une complicité mutuelle superlative pour ne pas rompre l'équilibre polyphonique sous l'effet de la vitesse. Défendu au concert comme au disque par les ensembles les plus prestigieux de la planète, l'op. 18 n° 4 conserve une autorité stylistique et esthétique superlative.