
Quatuor Leonkoro
Théâtre des Champs Elysées · Paris
Sommet absolu de l'âge d'or classique et monument d'une suprême probité artistique, le Quatuor en ré majeur, op. 76 n° 5 (Hob. III:79) de Joseph Haydn témoigne du génie d'un compositeur au sommet de sa liberté formelle. Écrit après ses triomphes londoniens, alors qu'il est célébré comme le plus grand musicien vivant, ce quatuor secoue les structures rigides qu'Haydn avait lui-même inventées. L'œuvre s'éloigne de la pure courtoisie de salon pour s'aventurer vers des audaces harmoniques et psychologiques d'un romantisme avant-coureur, qui impressionneront profondément ses successeurs, de Beethoven à Schubert. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique lumineuse et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Haydn traite les quatre instruments avec une clarté texturale chirurgicale, où l'indépendance de chaque voix célèbre la quintessence de la musique de chambre. Le sublime Largo central baigne dans un hédonisme sonore épuré : ses modulations harmoniques inattendues et ses phrases suspendues atteignent une immense pureté vocale instrumentale. À l'inverse, le finale d'une virtuosité athlétique impose aux archets un synchronisme impeccable de notes répétées, transformant le discours en un mécanisme vif et spirituel. Interprète pléthorique de l'humour, de la nostalgie et du sens de la surprise, ce quatuor avance avec une belle urgence organique théâtrale. Il demande aux interprètes un contrôle absolu de l'intonation (notamment dans les tonalités reculées du mouvement lent) et une dynamique fine pour faire ressortir l'ironie mordante des finals haydniens. Pièce majeure de la littérature pour cordes, l'opus 76 n° 5 conserve au concert une autorité scénique superlative.
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Théâtre des Champs Elysées · Paris