Fresque historique flamboyante et monument d'une suprême probité artistique, Riccardo primo est le premier grand opéra composé par Georg Friedrich Haendel sous le règne de son nouveau souverain et mécène, George II. Conçu à la fois comme un hommage politique patriotique et comme un divertissement de cour somptueux, l'opéra retrace les exploits du célèbre roi croisé Richard Cœur de Lion lors de sa conquête de Chypre. Haendel y déploie une écriture vocale et orchestrale d'apparat, particulièrement riche en effets héroïques, marquant l'apogée artistique de la première Royal Academy of Music. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique spectaculaire et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Destiné à un trio de chanteurs légendaires — le castrat Senesino (Riccardo) et les divas rivales Francesca Cuzzoni (Costanza) et Faustina Bordoni (Pulcheria) —, l'opéra enchaîne des arias de virtuosité d'une clarté texturale chirurgicale. L'orchestration se pare d'un hédonisme sonore épuré, mobilisant des effectifs ciblés et inhabituels, comme l'utilisation précoce de chalumeaux et de flûtes à bec pour dépeindre une tempête mémorable à l'acte I, ou des trompettes et timbales martiales pour célébrer l'héroïsme d'une immense pureté vocale instrumentale. Interprète pléthorique des passions humaines, des trahisons politiques et du code d'honneur médiéval, cet opéra avance avec une belle urgence organique théâtrale. Bien qu'ayant souffert d'un long oubli face à des piliers comme Giulio Cesare ou Alcina, l'œuvre bénéficie aujourd'hui d'une brillante redécouverte grâce au renouveau baroque. Exigeant des chanteurs une technique de vocalises d'école et un souffle transcendant, Riccardo primo s'impose à nouveau sur les scènes modernes avec une autorité scénique superlative, témoignant du génie théâtral indépassable de Haendel.