Le Rondo pour piano et orchestre en si bémol majeur, WoO 6, est une page d'histoire passionnante qui nous plonge au cœur des hésitations créatrices du jeune Beethoven. Conçu initialement pour être le finale du Concerto pour piano n° 2, opus 19, Beethoven finit par rejeter cette version, jugeant qu'elle ne s'intégrait pas parfaitement à l'ensemble du concerto. Le manuscrit, resté inachevé, fut plus tard complété par son élève Carl Czerny, nous offrant ainsi le témoignage d'une œuvre qui aurait pu devenir un standard du répertoire concertant. Sur le plan stylistique, cette pièce illustre parfaitement la période d'apprentissage viennois du compositeur. On y perçoit clairement l'influence de ses maîtres, Haydn et Mozart, à travers une écriture pianistique scintillante, vive et pleine d'esprit. Bien que le ton soit globalement léger et solaire, on sent poindre sous cette apparente facilité la verve virtuose et le tempérament indomptable qui allaient bientôt faire basculer le style de Beethoven vers quelque chose de beaucoup plus personnel et révolutionnaire. En écoutant ce rondo, on comprend mieux le processus de perfectionnisme dont Beethoven a fait preuve tout au long de sa carrière. Si le finale finalement retenu pour l'opus 19 est plus bondissant et plus "beethovénien" dans son ironie, ce WoO 6 possède une grâce et une élégance mélodique indéniables. C'est une pièce rare, qui ravira les mélomanes curieux de découvrir les chemins de traverse empruntés par le maître avant qu'il ne trouve définitivement sa propre voix symphonique.