Composée en 1880, Roses du Sud est l'une des valses les plus célèbres, les plus lumineuses et les plus intemporelles de Johann Strauss II. Il s'agit d'une « valse-potpourri », une pratique courante chez le compositeur qui consistait à assembler les plus belles mélodies de sa dernière opérette à succès pour en faire une œuvre orchestrale indépendante. Les thèmes de Roses du Sud sont ainsi directement tirés de son opérette Das Spitzentuch der Königin (Le Mouchoir de la reine), créée quelques semaines plus tôt. Teintée d'un exotisme méditerranéen et d'un hédonisme solaire, l'œuvre fut dédiée par Strauss au roi Umberto Ier d'Italie, ce qui explique son titre évocateur célébrant la chaleur et la beauté des paysages méridionaux. Musicalement, cette pièce résume à elle seule tout le génie de la valse viennoise, en y injectant une sensualité et une clarté toutes italiennes. L'introduction commence de manière presque mystérieuse et théâtrale, installant une atmosphère narrative avant que les bois et les cordes n'annoncent le premier grand thème principal, tiré de l'air de l'opérette « Wo die wilde Rose erblüht » (Là où fleurit la rose sauvage). Les quatre sections de valses qui s'enchaînent déploient une incroyable variété de sentiments, alternant entre des rythmes bondissants pleins d'esprit, des élans impétueux et des moments de pure poésie suspendue, magnifiés par une orchestration scintillante où les cuivres et les percussions apportent un faste impérial. Aujourd'hui, Roses du Sud est un pilier incontournable du répertoire symphonique léger et un classique absolu du traditionnel Concert du Nouvel An de l'Orchestre Philharmonique de Vienne. Au-delà des salles de concert, sa joie communicative, sa noblesse et sa nostalgie sous-jacente ont conquis la culture populaire mondiale, illustrant d'innombrables films, séries et dessins animés. Aux côtés de Le Beau Danube bleu et des Contes de la forêt viennoise, elle demeure le témoignage éclatant du règne absolu de Johann Strauss II en tant que « Roi de la valse », capable de transformer une simple danse de salon en un poème symphonique d'une portée universelle.