Conçu comme un pendant instrumental à son célèbre cycle de piano Játékok, Signes, jeux et messages est une œuvre ouverte et en perpétuelle expansion que le compositeur hongrois György Kurtág enrichit depuis plusieurs décennies. Ce recueil de miniatures est constitué d'aphorismes musicaux d'une concision absolue, écrits pour cordes solos ou petits ensembles. Plusieurs de ces pièces ont été composées spécialement pour de grands interprètes contemporains, au premier rang desquels l'altiste Tabea Zimmermann, inspiratrice de nombreuses pages du recueil. Le style de Kurtág atteint ici un degré de concentration poétique et dramatique presque inouï, héritier direct de l'expressionnisme d'Anton Webern. Chaque note, chaque silence, chaque mode de jeu (pizzicatos féroces, harmoniques éthérées, quarts de ton) y est investi d'une charge émotionnelle et d'une urgence physique terrifiantes. Rien n'est décoratif : une pièce entière peut reposer sur la tension d'un unique intervalle ou sur le profil d'un seul geste de l'archet. En concert, l'insertion de ces extraits contemporains au milieu d'un programme romantique agit comme un formidable révélateur acoustique. Les miniatures de Kurtág fonctionnent comme des éclats de miroirs brisés ou des confidences chuchotées, jetant des ponts secrets avec les obsessions et les fragments poétiques de Schumann ou de Brahms. C'est une musique de l'épure, exigeant des interprètes une présence scénique absolue et une mise à nu psychologique totale.