La Sonate op. 65 de Britten est le fruit d’une rencontre artistique et humaine majeure de l'histoire de la musique du XXe siècle. En septembre 1960, lors d'un concert à Londres, Britten rencontre le légendaire violoncelliste soviétique Mstislav Rostropovitch. Subjugué par le génie de l'instrumentiste, Britten lui promet immédiatement une œuvre. Cette sonate pose la première pierre d'une collaboration historique, qui donnera par la suite naissance aux trois Suites pour violoncelle seul et à la monumentale Symphonie pour violoncelle et orchestre. Sur le plan formel, Britten rompt avec la structure classique en trois ou quatre mouvements pour concevoir une suite de cinq pièces d'une immense concision et d'une inventivité technique redoutable. Le premier mouvement, Dialogo, porte bien son nom : il s'agit d'une conversation intime, presque fragmentée, où les deux instruments s'échangent des motifs brefs avant de s'unir. Le Scherzo-pizzicato est un coup de maître virtuose où le violoncelliste n'utilise jamais son archet, exploitant toutes les ressources du pizzicato (y compris le pizzicato « Bartók ») face à un piano percutant et aérien. Après une Elegia sombre et profondément lyrique, la Marcia introduit un climat grinçant et ironique, typique de l'univers de Britten. L'œuvre se conclut de manière incandescente sur un Moto perpetuo d'une rapidité folle. Ce finale enclenche une course effrénée construite sur un rythme ternaire obsessionnel qui pousse les deux interprètes dans leurs derniers retranchements athlétiques. Par sa lutherie moderne, son exploitation inédite des timbres et sa symbiose parfaite entre le clavier et les cordes, cette sonate s'est immédiatement imposée comme un classique incontournable du répertoire contemporain.