Sœur jumelle de la précédente, la Sonate pour violoncelle et piano n° 2 en sol mineur, op. 5 n° 2, partage les mêmes circonstances de création berlinoise et la même dédicace royale en 1896. Cependant, le choix de la tonalité de sol mineur – une tonalité sombre, théâtrale et hautement dramatique chez les classiques – confère à cette partition une tout autre dimension psychologique. Beethoven s'éloigne ici de la clarté lumineuse de la première sonate pour s'engager dans l'univers passionné et ombrageux du mouvement "Sturm und Drang" (Tempête et élan), préfigurant les grands élans romantiques du siècle à venir. Comme sa devancière, l'œuvre s'articule en deux grands mouvements mais frappe par son intensité expressive. Le premier mouvement s'ouvre sur un Adagio introductif d'une tristesse poignante, rythmé par des accords funèbres et des complaintes déchirantes du violoncelle. Ce climat de tension débouche sur un Allegro violent, haletant et d'une ferveur quasi orchestrale, où le violoncelle déploie de longues lignes déclamatoires contre un piano aux arpèges impétueux. En guise de contraste absolu, le Rondo final bascule dans la clarté radieuse de sol majeur ; ce mouvement véloce efface la mélancolie précédente au profit d'un humour vif et d'une virtuosité digitale éblouissante. La Sonate en sol mineur démontre une maîtrise de la texture de chambre encore plus poussée que dans le premier volet. Le violoncelle s'émancipe définitivement en explorant des doubles cordes, des dialogues polyphoniques serrés et des élans lyriques d'un pathétique saisissant. L'équilibre entre la gravité de l'introduction et la joie libératrice du finale témoigne du génie architectural précoce de Beethoven. Cette œuvre puissante s'est imposée comme l'un des sommets de sa première période créatrice et demeure l'une des pages les plus appréciées des violoncellistes pour sa force théâtrale.