La Symphonie n°1 en ut mineur, opus 68, de Johannes Brahms, fut le fruit d'une gestation particulièrement longue, s'étendant sur plus de vingt ans. Brahms débuta les esquisses dès les années 1850, mais la finalisa seulement en 1876. Cette lenteur s'explique par la pression écrasante du précédent de Beethoven, dont le compositeur craignait de ne pouvoir se montrer digne, retardant son premier grand essai symphonique. Sa première exécution eut lieu le 4 novembre 1876 à Karlsruhe, marquant un tournant décisif. Musicalement, l'œuvre se distingue par sa puissance dramatique et sa rigueur structurelle, héritant de la tradition classique tout en l'infusant de lyrisme romantique. Le premier mouvement s'ouvre sur une introduction sombre et tendue. Les mouvements centraux, Andante sostenuto et Un poco allegretto e grazioso, offrent des contrastes de douceur et de mélancolie. Le finale, après une introduction mystérieuse et un célèbre appel de cor, déploie un thème majestueux en ut majeur, souvent comparé à l'Hymne à la Joie de Beethoven, culminant dans un triomphe éclatant. Cette symphonie occupe une place capitale dans le catalogue de Brahms, établissant sa maîtrise du genre et le positionnant comme l'héritier légitime de Beethoven. À sa création, elle fut accueillie avec un mélange d'enthousiasme et de critiques soulignant son poids beethovénien ; Hans von Bülow la surnomma "la Dixième de Beethoven". Aujourd'hui, la Symphonie n°1 est universellement reconnue comme un pilier du répertoire orchestral, admirée pour son architecture solide, sa profondeur émotionnelle et sa richesse thématique, figurant parmi les œuvres les plus jouées et enregistrées de la musique classique.