La Symphonie n° 102 de Joseph Haydn appartient au prestigieux corpus des douze Symphonies londoniennes (n° 93 à 104), composées lors des deux voyages triomphaux du musicien en Angleterre. Écrite au sommet de sa gloire et de sa maturité, elle forme un triptyque final grandiose avec les symphonies n° 103 (Le Roulement de timbales) et n° 104 (Londres). Pourtant, contrairement à ses sœurs directes, la 102 n’a pas hérité d'un surnom populaire immédiat. Cette absence de "marketing historique" fait qu'elle est parfois moins programmée que La Surprise ou L'Horloge, alors même que les musicologues (à commencer par le grand spécialiste H.C. Robbins Landon) la considèrent presque unanimement comme la plus grande, la plus puissante et la plus parfaite de toutes les symphonies de Haydn. L'œuvre frappe d'emblée par son ampleur presque pré-beethovénienne. Le premier mouvement s'ouvre sur une introduction Largo d'une grande solennité, tendue par un unisson dramatique de tout l'orchestre, avant de basculer dans un Vivace d'une énergie débordante. Haydn y déploie une science du développement thématique éblouissante, où un seul petit motif rythmique est trituré, renversé et propulsé avec une inventivité constante. Le deuxième mouvement (Adagio) est une page d'une ferveur quasi religieuse, d'une beauté mélodique à couper le souffle. Fait historique très rare pour l'époque, Haydn y exige des trompettes et des timbales qu'elles jouent avec des sourdines, créant une atmosphère nocturne, feutrée et mystérieuse. Pour l'anecdote, Haydn aimait tellement ce thème qu'il l'a réutilisé presque à l'identique dans le mouvement lent de son Trio pour piano Hob. XV:26. Après un Menuetto vigoureux, très ancré dans le style terrien des danses autrichiennes, le Finale (Presto) est un feu d'artifice d'humour et de virtuosité. Construit comme un rondo-sonate virevoltant, il est truffé de fausses pistes, de silences inattendus et de boutades musicales typiques de l'esprit facétieux du compositeur. Le véritable "Miracle" de Londres : L'histoire de la musique a longtemps attribué le surnom de Miracle à la Symphonie n° 96. La légende racontait qu'un lourd lustre en cristal s'était effondré du plafond de la salle de concert pendant la création, sans faire la moindre victime parce que le public s'était rué vers la scène pour acclamer Haydn. Des recherches documentaires rigoureuses ont prouvé que cet incident spectaculaire a bien eu lieu... mais en réalité le 2 février 1795, précisément lors de la création de cette Symphonie n° 102. C'est donc elle qui a littéralement sauvé la vie de ses premiers auditeurs !