Composée en 1961, la Symphonie n° 12 en ré mineur, op. 112, sous-titrée « L'Année 1917 », occupe une place singulière et complexe dans l'immense corpus symphonique de Dmitri Chostakovitch. Écrite pour célébrer la mémoire de la Révolution d'Octobre et officiellement dédiée à Vladimir Lénine, elle est créée à Leningrad sous la baguette prestigieuse de Yevgeny Mravinsky. S'inscrivant dans la continuité directe de sa Onzième Symphonie (« L'Année 1905 »), elle coïncide avec l'adhésion controversée du compositeur au Parti communiste de l'Union soviétique, un geste qui continue de susciter des débats passionnés entre les exégètes cherchant à distinguer l'adhésion patriotique réelle de l'ironie tragique sous contrainte politique. La symphonie se déploie de manière cyclique et continue, ses quatre mouvements s'enchaînant sans la moindre interruption (attacca) pour dessiner une vaste fresque cinématographique. « Petrograd révolutionnaire » ouvre l'œuvre par un élan rythmique sauvage et militaire, suivi par le recueillement sombre de « Razliv » qui évoque le refuge champêtre de Lénine avant l'insurrection. Le souffle dramatique culmine dans « L'Aurore », morceau martial figurant le tir du célèbre croiseur qui donne le signal de l'assaut du Palais d'Hiver, avant de déboucher sur « L'Aurore de l'humanité », un finale triomphaliste dont les fanfares de cuivres obstinées et massives sont souvent interprétées aujourd'hui comme une parodie grinçante de la propagande d'État. Sur le plan de l'écriture orchestrale, la Douzième Symphonie est un monument d'énergie cinétique et de puissance descriptive. Chostakovitch y fait preuve d'une probité artistique irréprochable dans la gestion de ses thèmes, qu'il transforme et fait circuler d'un bout à l'autre de la partition pour unifier l'édifice sonore. L'œuvre sollicite l'orchestre jusqu'à ses ultimes limites physiques, exigeant une précision rythmique implacable et une discipline de travail métronomique pour maintenir la tension accumulée. Souvent redoutée pour son gigantisme, cette page historique demeure un témoignage fascinant et hautement théâtral de la survie créatrice d'un génie au cœur du XXe siècle soviétique.