La Symphonie n° 4 en do mineur, op. 43 de Dmitri Chostakovitch est une œuvre monumentale au destin tragique, composée dans une urgence fiévreuse entre 1935 et 1936. En pleine terreur des purges staliniennes et au lendemain de l'attaque féroce de la Pravda condamnant son opéra Lady Macbeth, le compositeur fut contraint de retirer la symphonie à la fin des répétitions pour protéger sa vie, laissant le manuscrit caché pendant un quart de siècle. Exigeant un effectif orchestral colossal de plus de cent musiciens, cette symphonie est profondément imprégnée par le gigantisme, l'ironie tragique et les structures de Gustav Mahler. D'une audace avant-gardiste inouïe, elle déploie une violence sonore extrême, des dissonances sauvages et des textures d'une complexité vertigineuse, s'opposant de manière frontale et radicale aux dogmes du réalisme socialiste officiel alors imposé par le régime soviétique. L'œuvre ne fut finalement exhumée et créée mondialement qu'en décembre 1961 par l'Orchestre Philharmonique de Moscou sous la direction de Kirill Kondrashin, révélant un chef-d'œuvre de désespoir et de révolte. Le gigantesque finale s'achève de façon extraordinaire par une immense marche funèbre suivie d'une longue coda désolée, qui s'éteint lentement dans un murmure spectral de la célesta suspendu sur une pédale de do mineur.