Monolithe absolu de la période Sturm und Drang (Tempête et Élan) du compositeur, la Symphonie n° 44 en mi mineur est l'une des pages les plus sombres, farouches et dramatiquement intenses du classicisme viennois. Son sous-titre de « Symphonie Funèbre » (Trauer) provient d'une confidence de Haydn lui-même, qui, profondément ému par la beauté mystique et l'intégrité poétique de son mouvement lent, avait expressément demandé à ce qu'il soit joué lors de ses propres funérailles. Éloignée de toute fonction de simple divertissement de cour, cette œuvre s'impose comme une confession psychologique d'une nudité absolue. L'Allegro con brio initial impose d'emblée un climat de haute tension spirituelle à travers un motif de quatre notes joué à l'unisson par l'orchestre, avant de se dissoudre dans un contrepoint d'une clarté de cristal, lacéré par de violentes syncopes. Le Menuet, placé de manière inhabituelle en deuxième position, s'éloigne de la danse de salon pour devenir un austère canon à l'octave (Canone in diapason) entre les voix aiguës et graves, un chef-d'œuvre de rigueur savante teinté d'une ironie sardonique. L'Adagio en mi majeur, cœur sensible de la partition, déploie aux cordes avec sourdines une cantilène d'une pureté désarmante, suspendue à un fil de souffle d'une infinie délicatesse. L'œuvre se referme sur un Presto volcanique en mi mineur, un mouvement perpétuel d'une urgence psychologique intense construit sur un thème unique martelé avec une obstination herculéenne. Exigeant une discipline de travail métronomique et une conduite d'archet d'une précision chirurgicale, cette symphonie historique démontre la probité artistique d'un Haydn visionnaire, maître absolu du drame instrumental.