Composée dix ans après la quatrième, la Cinquième Symphonie en mi mineur, op. 64, appartient à la trilogie des symphonies dites « du Destin » de Tchaïkovski. Traversant une période de profonds doutes sur son inspiration et craignant d'être « vidé », le compositeur se retire dans sa maison de campagne à Kline pour accoucher d'une œuvre d'une force théâtrale et d'un lyrisme flamboyants. À l'instar de la Cinquième de Beethoven, la partition est entièrement gouvernée par le concept du Fatum (la fatalité), matérialisé par un thème cyclique sombre et menaçant qui reparaît sous différents visages dans chacun des quatre mouvements. L'œuvre débute par un Andante lugubre où les clarinettes énoncent le thème du Destin dans un registre grave, évoquant une marche funèbre, avant de céder la place à un Allegro con anima au rythme de marche fiévreux et haletant. L'Andante cantabile central est l'une des pages les plus célèbres de Tchaïkovski : après une introduction feutrée des cordes, le cor solo s'élève dans une cantilène d'une nostalgie et d'une pureté de cristal absolues, un sommet d'épanchement romantique brutalement interrompu par des éclats terrifiants du thème du Destin aux cuivres. Au lieu du traditionnel scherzo, le troisième mouvement déploie une Valse mélancolique et d'une élégance aristocratique, balayée par des textures arachnéennes aux cordes. Le Finale sonne l'heure de l'affrontement ultime : le thème du Destin y est transmué en une marche triomphale et impériale en mi majeur, menant l'orchestre vers un élan dionysiaque d'une puissance herculéenne, culminant dans une apothéose de cuivres. Malgré un accueil initial réservé qui blessa la sensibilité exacerbée de Tchaïkovski, la symphonie s'est imposée comme l'un des monolithes les plus aimés du répertoire mondial. Alliant une discipline de construction métronomique à une orchestration d'une chatoyante richesse harmonique, elle réclame des phalanges une discipline collective de fer et une immense générosité de timbre pour en restituer toute la tension psychologique et la grandeur tragique.