Si la Cinquième est la symphonie du Destin et la Sixième celle de la Nature, la Septième Symphonie de Beethoven est sans conteste celle du rythme pur, de l'ivresse et de la joie d'exister. Composée principalement en 1812 pendant que Beethoven soignait sa santé déclinante dans la ville d'eaux de Teplitz (où il fera d'ailleurs sa célèbre rencontre manquée avec Goethe), elle est créée fin 1813 lors d'un mémorable concert de charité en faveur des soldats autrichiens et bavarois blessés à la bataille de Hanau contre Napoléon. Le succès public lors de la création fut si colossal qu'il marqua l'un des sommets de la popularité de Beethoven de son vivant. L'orchestre comptait ce soir-là dans ses rangs l'élite musicale de l'époque (Louis Spohr au violon, Giacomo Meyerbeer et Johann Nepomuk Hummel aux percussions), tous réunis pour soutenir le maître sourd. « La Septième Symphonie est l'apothéose de la danse : c'est la danse dans sa plus haute essence, la réalisation la plus heureuse du mouvement du corps transporté idéalement dans le son. » — Richard Wagner La formule de Wagner résume parfaitement l'œuvre : chaque mouvement y est propulsé par une cellule rythmique obsessionnelle, hypnotique, qui ne s'arrête jamais. - Le premier mouvement s'ouvre sur la plus longue introduction jamais écrite par Beethoven (Poco sostenuto), d'une ampleur monumentale, avant de basculer dans un Vivace en forme de danse pastorale bondissante et joyeuse, scandée par un rythme à trois temps irrésistible. - L'Allegretto (deuxième mouvement) est l'une des pages les plus célèbres de toute l'histoire de la musique classique. Remplaçant le traditionnel mouvement lent, cette marche funèbre ou procession mystérieuse en la mineur repose sur une mélodie lancinante d'une tristesse poignante, construite en un crescendo instrumental magistral où se superposent des contrepoints d'une beauté à couper le souffle. Lors de la création (et à presque toutes les exécutions qui suivirent au dix-neuvième siècle), le public parisien et viennois exigea qu'on le bisse immédiatement. C'est ce mouvement que le cinéma moderne utilise régulièrement pour son immense pouvoir d'évocation dramatique (comme dans la scène finale du film Le Discours d'un roi). - Le Scherzo (Presto) est une explosion d'agilité, d'un humour décapant et d'une rapidité athlétique, interrompue à deux reprises par un trio plus lent basé sur un vieux cantique autrichien des pèlerins. - Le Finale (Allegro con brio) franchit les limites de la transe orchestrale. C'est une bacchanale frénétique, un tourbillon d'une fureur rythmique presque sauvage. Beethoven y pousse l'orchestre au bout de ses forces physiques, empilant les accents dynamiques violents jusqu'à une coda triomphale. Certains contemporains de Beethoven, décontenancés par une telle décharge d'énergie brute, affirmèrent sérieusement que le compositeur avait dû écrire ce mouvement « dans un état d'ivresse complète ». Il s'agit pourtant d'une architecture d'une précision absolue, célébrant la victoire définitive de la vie et du rythme.