La Symphonie n° 8 d'Antonín Dvořák est une explosion de lumière, de lyrisme et de joie pastorale. Coincée entre la tension dramatique, sombre et très "brahmsienne" de la Septième et l'immense raz-de-marée planétaire de la Neuvième ("Du Nouveau Monde"), la Huitième est sans doute l'œuvre la plus profondément tchèque, libre et spontanée du compositeur. Dvořák la compose dans le calme absolu de sa résidence d'été à Vysoká u Příbramě, une maison de campagne nichée au cœur des forêts et des collines de Bohême. C'est cet ancrage dans la nature qui dicte toute l'atmosphère de la partition. Le compositeur confiera d'ailleurs qu'il a voulu écrire une œuvre différente de ses précédentes, où les pensées couleraient de manière totalement nouvelle, sans s'enchaîner selon les règles académiques strictes de la forme symphonique traditionnelle. Le résultat est une suite de tableaux champêtres où l'on croit entendre le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles et des échos de fêtes villageoises. L'œuvre se distingue par des contrastes saisissants et une inventivité mélodique permanente : - Un faux départ mélancolique : Le premier mouvement (Allegro con brio) s'ouvre paradoxalement sur un thème extrêmement nostalgique et fervent en sol mineur joué par les violoncelles, les clarinettes et les bassons. On pourrait croire la symphonie sombre, mais ce thème n'est qu'un rideau de scène : il s'efface immédiatement pour laisser la flûte solo entonner un motif d'oiseau radieux, faisant basculer l'orchestre dans un Sol majeur triomphant et voyageur. - L'Adagio pictural : Le deuxième mouvement est une merveille de narration musicale. Dvořák y alterne des moments de pure contemplation poétique aux cordes avec des fanfares de trompettes et des marches solennelles, évoquant la rumeur d'un village ou une marche de pèlerins traversant la campagne. - Une valse mélancolique : Au lieu d'un scherzo vigoureux, le troisième mouvement offre une danse (Allegretto grazioso) d'une élégance presque triste, balancée par un trio central qui reprend une mélodie issue d'un opéra comique que Dvořák avait écrit quelques années plus tôt (Le Roi et le Charbonnier). Le mouvement s'achève par une accélération soudaine et sautillante (Molto vivace). - Les variations du Finale : Le quatrième mouvement s'ouvre de manière spectaculaire par une fanfare de trompettes restée célèbre. À l'origine, cette fanfare n'était pas là pour faire trembler les murs, mais pour réveiller le public ! Elle introduit un thème de marche noble et fier exposé par les violoncelles, qui va ensuite servir de base à une série de variations virtuoses, passant par des flûtes virevoltantes et des décharges orchestrales d'une énergie folle, pour se clore dans une coda jubilatoire. L'anecdote de la "Symphonie Anglaise" : L'œuvre est parfois surnommée à tort Symphonie anglaise. Ce surnom n'a absolument rien à voir avec sa musique, qui est à 100 % inspirée du folklore tchèque. En réalité, Dvořák s'était fâché avec son éditeur habituel à Berlin, Simrock, qui refusait de lui payer ses partitions au juste prix et exigeait qu'il n'écrive que de petites danses rentables. Furieux, Dvořák décida de faire publier sa huitième symphonie à Londres chez l'éditeur Novello, ce qui lui valut ce qualificatif purement commercial.