Première de la série des six mythiques Symphonies parisiennes (n° 82 à 87), la Symphonie en ut majeur Hob. I:82 fut commandée à Haydn par le prestigieux Concert de la Loge Olympique. Conçue pour un orchestre parisien d'élite — dont les effectifs de cordes et de vents étaient exceptionnellement denses et brillants pour l'époque —, cette œuvre déploie un faste instrumental d'une force herculéenne, faisant la part belle aux timbales, aux trompettes et à des bois d'une vivacité athlétique. Son célèbre surnom posthume, « L'Ours », est né de l'imagination du public français, totalement conquis par l'humour irrésistible de son mouvement final. Le premier mouvement s'ouvre ex abrupto par un thème conquérant sous forme de fanfare en ut majeur, caractérisé par des contrastes dynamiques abrupts et une motricité rythmique implacable. L'Allegretto central adopte la forme originale d'un double thème à variations, alternant la grâce d'une marche en fa majeur et les ombres d'un épisode en fa mineur. Après un Menuet d'une pompe aristocratique digne de Versailles, s'élève le légendaire finale Vivace. Construit sur une basse obstinée imitant le bourdon d'une cornemuse rurale (ou d'une vielle à roue), son thème trottinant évoquait pour les auditeurs du XVIIIe siècle la musique de foire qui accompagnait les montreurs d'ours dans les rues de Paris. Alliant une discipline polyphonique métronomique à une verve populaire désarmante, ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie symphonique réclame des interprètes une clarté de cristal et une écoute mutuelle superlative pour faire rayonner toute la sève de l'humour haydnien.