Tristan et Isolde, composé par Richard Wagner entre 1857 et 1859, et créé à Munich en 1865 sous la direction de Hans von Bülow, représente une parenthèse majeure dans la composition de sa tétralogie L'Anneau du Nibelung. Ce projet profondément personnel, non issu d'une commande, fut inspiré par sa relation passionnée avec Mathilde Wesendonck et sa découverte de la philosophie d'Arthur Schopenhauer, notamment sur le concept de la Volonté. Wagner y explore le thème de l'amour et de la mort, et la quête d'une transcendance mystique. Sur le plan musical, l'oeuvre est révolutionnaire. Elle est célèbre pour son langage harmonique audacieux, symbolisé par le "Tristan-Akkord" (accord de Tristan), et son chromatisme incessant qui défie les résolutions tonales traditionnelles, créant une tension et une aspiration perpétuelles. La "mélodie infinie", l'orchestre pléthorique et le système élaboré de leitmotivs contribuent à une immersion psychologique sans précédent. Tristan et Isolde marque une étape cruciale dans l'évolution de Wagner, surpassant les conventions pour exprimer l'inexprimable et l'absolu du désir. Sa réception fut mitigée à l'époque, en raison de ses exigences vocales et instrumentales extrêmes, et de son radicalisme esthétique qui déconcerta une partie du public et de la critique. Jugée scandaleuse et incompréhensible par certains, elle fut rapidement saluée comme une oeuvre visionnaire par ses admirateurs. Aujourd'hui, Tristan et Isolde est universellement reconnue comme un jalon de l'histoire de la musique, dont l'influence sur la fin du Romantisme et l'émergence du modernisme musical fut immense et durable.