Les Trois Intermezzi Op. 117 appartiennent aux ultimes confidences pianistiques de Johannes Brahms, composées à la fin de sa vie alors qu'il s'était retiré dans la solitude des montagnes autrichiennes. Profondément marqué par le deuil de sa sœur dévouée et de plusieurs de ses amis proches, le compositeur livre ici trois miniatures d'une mélancolie crépusculaire et d'une pudeur absolue. Brahms lui-même qualifiait affectueusement ce recueil de « berceuses de mes souffrances », condensant en quelques pages l'essence même de sa nostalgie automnale. Le premier intermezzo s'ouvre sur une tendre et célèbre berceuse, introduite par un poème écossais évoquant les larmes d'une mère. Le climat se fait plus secret et fuyant dans le deuxième morceau, construit sur un flot ininterrompu de doubles croches brisées qui s'étirent comme des soupirs amoureux. Le recueil s'achève dans la noirceur austère et le fatalisme du troisième intermezzo en do dièse mineur, une marche funèbre étouffée qui avance à pas feutrés. Par son économie de moyens et sa profondeur philosophique, cet opus reste l'un des sommets les plus bouleversants de la littérature pour piano.