Érigé sur l'emplacement de l'ancienne forteresse du Grand Châtelet par la volonté du baron Haussmann, le Théâtre du Châtelet forme avec son jumeau, le Théâtre de la Ville (aujourd'hui Théâtre de la Ville - Sarah Bernhardt), un ensemble architectural monumental encadrant la place du Châtelet. Conçu par l'architecte Gabriel Davioud, l'édifice s'inscrit dans le style éclectique du Second Empire, arborant une façade à arcades d'une grande noblesse, couronnée par une balustrade et des statues allégoriques. Dès son origine, il s'imposa comme la plus vaste salle de spectacle de la capitale, conçue pour accueillir des féeries et des drames à grand spectacle.
Au début du vingtième siècle, sous la direction de grands directeurs comme Gabriel Astruc, le Châtelet devint le cœur battant de la modernité artistique internationale. Il accueillit les mémorables saisons des Ballets russes de Serge de Diaghilev, servant de cadre aux créations historiques de Petrouchka d'Igor Stravinsky (1911) ou de Parade de Jean Cocteau, Erik Satie et Pablo Picasso (1917). Plus tard, le lieu devint le temple de l'opérette à grand spectacle, immortalisée par les triomphes de Luis Mariano. Devenu propriété de la Ville de Paris en 1979, le théâtre a opéré une mutation majeure pour s'affirmer comme un pôle de création lyrique et chorégraphique indépendant. Entièrement rénové au début du vingt-et-unième siècle pour restaurer ses décors d'origine et moderniser sa machinerie, le Châtelet se distingue par sa programmation audacieuse, ayant réintroduit avec un immense succès populaire le genre de la comédie musicale anglo-saxonne dans son exigence originelle.