Composé plus de vingt ans après le tumulte de son premier concerto, le Deuxième Concerto en si bémol majeur, op. 83, représente l'apogée créatrice de la maturité de Johannes Brahms. Écrit au retour de voyages en Italie qui avaient baigné le compositeur d'une lumière et d'une sérénité nouvelles, ce concerto est un monolithe d'une exigence technique et intellectuelle superlative. Brahms qualifia pourtant l'œuvre avec une ironie sardonique typique, écrivant à sa confidente Clara Schumann qu'il avait achevé « un tout petit concerto pour piano avec un joli petit scherzo ». En réalité, l'opus 83 s'impose comme l'un des concertos les plus longs, denses et herculéens de toute la littérature musicale. L'œuvre s'ouvre de manière iconique par un appel de cor feutré et pastoral en si bémol majeur, auquel le piano répond par des arpèges d'une absolue clarté de cristal avant de s'engager dans un premier mouvement d'un noble symphonisme. Le deuxième mouvement (Allegro appassionato), ce fameux scherzo ajouté en ré mineur, libère une ferveur dramatique farouche et tempestueuse, née du sentiment de Brahms que le premier mouvement était « trop inoffensif ». L'Andante central est le sommet poétique de la partition : introduit par un long et poignant solo de violoncelle, il invite le piano à une méditation éthérée d'une intégrité poétique bouleversante. Le finale (Allegretto grazioso) dissipe la tension dans une danse d'une fausse légèreté d'inspiration tzigane, pleine d'esprit et d'un hédonisme sonore assumé. Chef-d'œuvre de probité artistique, ce concerto exige du soliste un calme souverain pour dompter des exigences digitales colossales et une écoute mutuelle superlative avec l'orchestre, le piano s'intégrant comme un partenaire de chambre au sein d'une immense architecture collective.