Composée par un Mozart de 22 ans déterminé à conquérir le public de la capitale, la Symphonie n° 31 fut écrite sur mesure pour l'orchestre du Concert Spirituel dirigé par Jean Le Gros, alors considéré comme l'un des meilleurs et des plus imposants d'Europe. Connaissant les marottes et les attentes des auditeurs locaux, Mozart utilisa sciemment le fameux premier coup d'archet (l'attaque d'ensemble à l'unisson au début de l'œuvre) et intégra pour la toute première fois de sa vie des clarinettes dans son effectif symphonique, conférant à la partition un éclat et une opulence sonore inédits. L'œuvre est entrée dans la légende musicologique en raison de l'existence de ses deux versions pour le mouvement central. Le directeur Jean Le Gros ayant jugé le premier Andante trop long et modulant, Mozart, piqué au vif mais soucieux de plaire, composa en quelques jours un second mouvement lent (un Andantino plus simple et pastoral en 3/4) pour les exécutions suivantes. C'est ce travail de réécriture et cette double identité parisienne qui font tout le sel de cet opus. L'énergie qui se dégage des mouvements extrêmes est phénoménale. Le premier mouvement est un feu d'artifice de fanfares et de contrastes dynamiques foudroyants. Le Finale, quant à lui, débute de manière totalement iconoclaste par un murmure espiègle des seuls premiers violons en piano avant de déclencher un tutti fortissimo féroce. Mozart écrivit plus tard à son père avec une jubilation non feinte comment le public parisien, pris par surprise par cet effet dynamique, éclata en applaudissements et en cris de joie au beau milieu du morceau, scellant le triomphe de sa partition.