La genèse de la Symphonie pour violoncelle, op. 68, s'inscrit au cœur de la formidable amitié artistique et humaine qui unissait Benjamin Britten au légendaire violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch. Rencontrés en 1960 à Londres, les deux hommes éprouvent un coup de foudre mutuel qui inspirera au compositeur britannique plusieurs de ses plus grands chefs-d'œuvre instrumentaux (la Sonate pour violoncelle, les trois Suites pour violoncelle seul et cette symphonie concertante). Composée durant l'été 1963 à Aldeburgh, l'œuvre est créée l'année suivante à Moscou dans une atmosphère de ferveur exceptionnelle, scellant un pont culturel historique entre l'Est et l'Ouest en pleine Guerre froide. Sur le plan esthétique et structurel, Britten refuse délibérément le titre traditionnel de « concerto » pour celui, beaucoup plus exigeant, de « Symphonie ». Ce choix sémantique traduit une volonté d'intégration absolue du soliste au sein du tissu orchestral : le violoncelle n'est pas un virtuose bravache luttant contre la masse instrumentale, mais un partenaire d'élite, un fil conducteur organique qui dialogue d'égal à égal avec les différents pupitres. L'écriture orchestre, sombre et d'une densité herculéenne (faisant la part belle aux vents graves, aux cuivres et à des percussions affûtées), offre un écrin crépusculaire au violoncelle, dont Britten explore l'extrême tessiture avec une science superlative des registres et de la dynamique. L'œuvre progresse à travers un climat d'une tension psychologique intense. Après un premier mouvement farouche et déchiqueté et un Presto inquieto spectral qui glisse comme une ombre, l'Adagio déploie une lamentation poignante d'une absolue nudité dramatique. Cette prière débouche sur une immense cadence écrite du violoncelle — véritable pont suspendu — qui mène sans interruption à la Passacaglia finale. Ce dernier mouvement, forme fétiche de Britten, s'élève comme un monument de rigueur contrapuntique où un thème solennel est varié avec une imagination poétique souveraine jusqu'à une résolution lumineuse en ré majeur. Alliant une discipline de construction métronomique à une émotion brute et viscérale, cette œuvre s'impose comme l'un des sommets incontestés de la littérature violoncellistique du XXe siècle.